Crise de l’aviculture au Cameroun : La production d’œufs s’effondre de -55% en 8 Ans

L’aviculture camerounaise, secteur vital pour l’économie nationale et l’emploi, traverse une crise existentielle majeure. Malgré son rôle de pourvoyeur de protéines abordables pour les ménages, la production d’œufs au Cameroun a enregistré une chute dramatique de 55,55% en seulement 8 ans, passant de 2,4 milliards d’unités en 2016 à 1,3 milliard en 2024. Ces chiffres alarmants, révélés lors de la Journée mondiale de l’œuf, alertent sur l’urgence de réformes. Les experts mettent en garde contre un effondrement imminent de cette filière stratégique.
Pourquoi la filière avicole camerounaise est-elle en crise ?
Selon l’expert Albert Ichakou, l’effondrement de la production d’œufs est directement lié à la variabilité et à l’explosion des prix des intrants essentiels. Le coût du maïs, qui représente 60 % de l’alimentation avicole, a grimpé jusqu’à 300 FCFA/kg, contre 75-125 FCFA il y a quelques années. De plus, la dépendance aux importations de soja (20 % de la ration) aggrave la situation.
Cette flambée des coûts se traduit par une rentabilité précaire : le coût de production d’un œuf est estimé à 48 FCFA pour un prix de vente autour de 60-63 FCFA (1 900 FCFA le plateau), laissant une marge insoutenable pour de nombreux éleveurs.
Les conséquences socio-économiques de la crise
La déroute du secteur avicole a des répercussions économiques lourdes. Cette filière, qui emploie environ 30% de la population rurale et contribue à 4 % du PIB camerounais, voit les faillites et les pertes d’emplois se multiplier. Ce phénomène est particulièrement visible à Douala, autrefois un hub commercial majeur, dont le rôle a été largement repris par la région de l’Ouest, désormais responsable de 70% de la production d’œufs du Cameroun.
Cette situation est exacerbée par une concurrence déloyale liée aux importations massives. Les poulets congelés (notamment du Brésil, vendus à 400 FCFA/kg) et les œufs à couver inondent des marchés clés comme celui du Littoral, fragilisant davantage les producteurs locaux.
Enjeux démographiques et retard du Cameroun face à la demande mondiale
Avec une population camerounaise approchant les 30 millions d’habitants et une urbanisation croissante (70 % de la population mondiale vivra en ville d’ici 2032), la demande urbaine en protéines abordables est colossale. Or, la consommation d’œufs au Cameroun stagne à 40 œufs par habitant/an, un chiffre très faible comparé aux leaders mondiaux (430 en Malaisie, 366 au Mexique).
« L’œuf est l’aliment le plus digeste et nutritif, mais notre production ne suit pas la demande urbaine », déplore Albert Ichakou, soulignant que l’aviculture doit impérativement s’inscrire dans la dynamique mondiale. À l’échelle internationale, la production d’œufs devrait croître de 22 % d’ici 2032.
Pour le spécialiste Albert Ichakou, l’issue est claire : « Si nous voulons être dans la dynamique mondiale, l’aviculture doit être au cœur des politiques agricoles ». Le Cameroun, malgré son potentiel historique, accuse un retard notable face à ses pairs africains comme le Kenya et le Sénégal. Des réformes structurelles urgentes sont indispensables pour stabiliser les coûts des intrants, lutter contre les importations illégales et relancer la filière œufs et poulets, préservant ainsi des milliers d’emplois et garantissant la sécurité alimentaire du pays.
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